La sécurité à l’hôpital : 24 heures au Kremlin-Bicêtre

Dans la ville du Kremlin-Bicêtre se dresse un des plus grands hôpitaux de l’APHP. A toute heure du jour et de la nuit, patients, soignants et visiteurs pénètrent cette fourmilière. Un défi pour ceux qui en assurent la sécurité.

1 100 lits, 38 bâtiments, 23 hectares de terrain : l’hôpital du Kremlin-Bicêtre est une ville dans la ville. Établissement public, il est ouvert en permanence. Au personnel médical, aux patients, mais aussi à leur famille et aux différentes sociétés qui viennent intervenir. Une population large, disparate, qui nécessite une protection de chaque instant.

Cette protection s’exerce à plusieurs niveaux. La malveillance est omniprésente et se manifeste par de la violence, de l’incivilité, des menaces et des vols. Elle entoure le site d’un certain paradoxe : chaque individu qui y pénètre doit être protégé, mais peut aussi être à l’origine du méfait. Une surveillance constante est nécessaire, pour prévenir, avant d’intervenir.

kremlin-bicetre

Mais la sécurité du public est aussi menacée par des éléments indépendants des tempéraments de chacun. Le feu et les accidents domestiques peuvent prendre des proportions dramatiques, sur ce site de 230 000 m2 de plancher. D’abord parce que les facteurs de risques y sont importants : le lieu réunit huit groupes électrogènes, des postes de transformation haute-tension et des réservoirs de 13 000 litres d’oxygène. Ensuite, parce qu’un tel lieu est compliqué à évacuer : cela signifie gérer des mouvements de foule, mais aussi protéger des personnes alitées, anesthésiées, diminuées.

La malveillance : le fléau des urgences

La sécurité à l'hôpital«Il y a de tout aux urgences : des gens qui ont trop bu, des gens amenés par la Police, c’est un service de première ligne», explique Charles Chabant. Ancien officier de la gendarmerie, M. Chabant est responsable de la sécurité anti-malveillance du Kremlin-Bicêtre. Les urgences sont le point névralgique de sa mission. «L’hôpital public doit accueillir tout le monde», rappelle-t-il.

«Toutes les personnes qui s’y présentent doivent être soignées. Avec l’absence de la médecine de ville, les patients viennent de plus en plus pour des choses qui ne sont pas urgentes, ce qui encombre le service. Comme les urgences les plus graves sont traitées en priorité, des patients attendent parfois des heures, dans l’incompréhension. C’est ce qui créé de l’énervement, et de l’incivilité». Une incivilité qui peut dégénérer, les insultes devenant des menaces, les menaces des actes de violence. «Il y a en moyenne trois à quatre intervention par jour des agents de sûreté à la demande du personnel, parce que la situation dégénère», indique M. Chabant. Un schéma qui se répète dans les autres services de l’hôpital : «tous les services connaissent des problèmes comme ça : un patient mécontent de son traitement ou le parent d’un patient qui s’en prend aux infirmières», énumère encore l’ancien gendarme.

Pour faire face à une malveillance née de l’inquiétude et de l’incompréhension, des procédures spécifiques sont mises en place. «Les agents sont formés pour gérer l’agressivité», souligne M. Chabant. «D’abord par la dissuasion, il faut calmer la personne. La présence des agents suffit généralement à désamorcer la situation. Lorsqu’on n’y arrive pas, les agents peuvent intervenir physiquement dans le cadre de la légitime défense pour autrui». Plus rare, ce dernier recours entraîne systématiquement l’intervention de la police, avec laquelle les services sont en contact permanent.

Sophie DERAMAT directrice des travaux et de la maintenanceNeuf agents sont déployés sur le site en journée et six la nuit. Le service des urgences dispose de la présence d’un agent 24h/24. Quatre agents effectuent des rondes pointées, grâce auxquelles ils couvrent l’ensemble des services et des bâtiments de l’hôpital. Trois rondes sont effectuées en journée et trois autres pendant la nuit. Quatre agents, enfin, sont disposés aux accès du site. «L’hôpital est ouvert à tout le monde et doit le rester», insiste le responsable anti-malveillance. «Les contrôles d’accès font parti de la sécurité. On contrôle les véhicules pour éviter les problèmes de stationnement, notamment pour s’assurer que les accès pompiers sont dégagés, et on dispose d’un premier regard sur les visiteurs». Le site est équipé d’un lecteur de plaque d’immatriculation, une manière d’opérer un premier filtrage et d’exercer une surveillance des flux de personnes.

La sécurité incendie : les hommes de l’ombre

Si les agents de sûreté doivent se montrer, et ainsi exercer leur force de dissuasion, d’autres équipes travaillent dans l’ombre : les agents de sécurité incendie. Dans l’ombre, car c’est la prévention qui concerne l’essentiel de leurs missions. «Leur travail de tous les jours, c’est la maintenance de tous les moyens de secours», explique Jules Mambu, adjoint du chef de sécurité incendie. Poste qu’il exerce depuis une vingtaine d’années. «Comme tous les établissements recevant du public, l’hôpital dispose de moyens de secours qu’il faut entretenir, afin qu’ils soient accessibles et opérationnels en cas d’intervention des pompiers et des forces de secours extérieures», indique-t-il. Le Kremlin-Bicêtre est en effet équipé : des extincteurs, des poteaux incendie, des colonnes sèches (tuyauteries alimentées en eau, qui relient les étages et auxquelles il est possible de brancher des lances à incendie).

«Le protocole requiert aussi que le cheminement soit dégagé», continue M. Mambu. «Il s’agit d’itinéraires d’évacuation qui doivent rester utilisables en permanence en cas de nécessité de déplacement du public. Le cheminement, ce sont aussi les couloirs d’accès permettant aux pompiers d’accéder aux zones sinistrées». Pour les agents de sécurité, ces itinéraires représentent des kilomètres d’enjeu, le site disposant notamment de cinq sous sols, dont deux dédiés aux archives, et regroupant des milliers de dossiers en papier.

A l’hôpital sont déployés cinq agents de sécurité en journée et quatre la nuit, dont un chef d’équipe. Ce dernier répartit ses équipes entre le Poste de Contrôle (PC) et les rondes de prévention. «Une présence d’agents au PC est indispensable», continue M. Mambu, «c’est là que sont centralisées toutes les alarmes, qui proviennent de détecteurs de fumée disposés partout dans l’hôpital. Les agents en poste sont également prévenus en cas de mise en marche des sprinklers [arroseurs automatiques - NDLR] et peuvent être contactés facilement».

Au-delà de la prévention, d’autres missions incombent aux agents de sécurité : l’intervention sur les départs de feu (situation très fréquente, notamment dans les cendriers), désincarcération des personnes bloquées dans les ascenseurs (en cas de panne) et secours à personnes. Cette dernière tâche prend une dimension importante, au Kremlin-Bicêtre. Le site dispose en effet d’une hélistation, qui constitue un zone dangereuse. Les agents assistent à chaque atterrissage pour prévenir les risques d’incendie, mais peuvent aussi être appelés à pratiquer des gestes de premiers secours sur les patients transportés. L’hélistation requiert ainsi deux compétences des agents : leur maitrise de la procédure d’atterrissage pour éviter les accidents et celle de leur geste de secours à personnes si le blessé en présente le besoin.

Equipe directionnelle

Lutter contre la désacralisation de l’hôpital

 Pour assurer sûreté et sécurité au Kremlin-Bicêtre, une équipe a été mise en place. À sa tête : Patrick Lhermite, le directeur des investissements et des services techniques, qui dirige trois directions, dont celle des travaux, de la maintenance et la sécurité. L’homme s’est entouré de deux lieutenants : Sophie Deramat (directrice des travaux et de la maintenance) et Rodolphe Dinay (directeur des services de sécurité incendie, sécurité environnementale et sûreté). Armé de cette force de frappe, M. Lhermite a entrepris une restructuration de la sécurité de l’hôpital : «nous avons mis en place une politique de sécurité et avons regroupé les agents de sûreté et ceux de sécurité incendie», énumère-t-il. «Nous avons établi un plan de sûreté avec un grand volet prévention : un numéro d’urgence, une formation du personnel, un système de surveillance de 150 caméras…».

L’équipe s’est entourée de chefs de site, à raison d’un par bâtiment, tous des anciens policiers ou gendarmes, «pour leur expérience et pour mettre en place un plan de sûreté cohérent (…) mais aussi pour entretenir de bonnes relations avec la police», explique-t-il. «Nous avons besoin de la police pour pouvoir employer notre force d’intervention dans les limites de la loi et ainsi permettre aux agents d’exercer leur métier en toute sécurité».

L’approche de la sécurité a radicalement changé depuis l’arrivée de M. Lhermite en 2005. En cause : des risques chaque année plus importants, notamment en terme de malveillance. Un état de fait né de la désacralisation de l’hôpital, comme l’explique M. Chabant : «l’hôpital est à l’image de l’instituteur : il n’est plus sacré. C’est la conséquence d’un manque de repère dans notre société. Une situation qui rend de plus en plus indispensable la présence d’agents de la sécurité privée».

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire