ATTENTATS 13 NOVEMBRE 2015, 8 MOIS APRÈS…

L'ACTUALITE DRAMATIQUE DE CETTE NUIT A NICE MONTRE PLUS QUE JAMAIS L'URGENCE D'INSTALLER DES DISPOSITIFS DE TERRAIN PRAGMATIQUES ET EFFICACES. C'EST L'OBJET DE LA TRIBUNE DE XAVIER RAUFER DANS LE DERNIER NUMERO DE S MAG  DANS LES KIOSQUES ACTUELLEMENT.

"IL FAUT INSTAURER UNE VÉRITABLE CONTINUITE DANS L'ACTION ANTITERRORISTE AFIN DE SUIVRE TOUTES CES BOMBES HUMAINES SUR LEUR TERRITOIRE, ET CELA EN TEMPS REEL"

XAVIER RAUFER EST DOCTEUR EN GÉOGRAPHIE/GÉOPOLITIQUE, À L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE. IL ENSEIGNE AU CNAM (CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS & MÉTIERS), MASTER EN CRIMINOLOGIE. PROFESSEUR ASSOCIÉ AUX DÉPARTEMENTS DE RECHERCHES EN SCIENCES CRIMINELLES À FU DAN UNIVERSITY (SHANGHAÏ), ET GEORGE MASON UNIVERSITY (WASHINGTON DC), IL EST DIRECTEUR DE COLLECTION AU CNRS-EDITIONS, ET AUX ÉDITIONS ESKA. IL EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES CONSACRÉS A LA CRIMINALITE ET AU TERRORISME.

. XAVIER RAUFER EST DOCTEUR EN GÉOGRAPHIE/GÉOPOLITIQUE, À L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE. IL ENSEIGNE AU CNAM (CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS & MÉTIERS), MASTER EN CRIMINOLOGIE. PROFESSEUR ASSOCIÉ AUX DÉPARTEMENTS DE RECHERCHES EN SCIENCES CRIMINELLES À FU DAN UNIVERSITY (SHANGHAÏ), ET GEORGE MASON UNIVERSITY (WASHINGTON DC), IL EST DIRECTEUR DE COLLECTION AU CNRS-EDITIONS, ET AUX ÉDITIONS ESKA. IL EST L’AUTEUR DE NOMBREUX OUVRAGES CONSACRÉS A LA CRIMINALITE ET AU TERRORISME.

Les massacres du 13 no­vembre 2015 ont été de loin les plus meurtriers depuis la fin de la Se­conde Guerre Mondiale, avec 130 morts. Le déraillement du train Strasbourg-Paris du 18 juin 1961 attribué à l’OAS avait fait 28 morts et l’attentat du métro Saint Michel, 8 morts le 25 juillet 1995. C’est donc une tuerie d’une am­pleur inégalée depuis la libération de la France.Pourtant, des signes avant-cou­reurs et des avertissements exis­taient bel et bien puisqu’on savait qu’en Syrie et en Irak des ter­roristes préparaient des actions violentes contre l’Europe. Ceci illustre hélas le manque de capa­cité du renseignement intérieur français dans le domaine de la détection, de la prévention, des attentats graves provenant du Proche-Orient.

En effet les mutations profondes du danger terroriste, palpables depuis le début des années 2010, n’ont pas été perçues dans toute leur acuité.

Aux «Princes» du terrorisme à la Oussama bel Laden a succédé un terrorisme de racailles, d’individus lambdas de banlieue qui se radi­calisent parfois en moins de deux semaines. L’exemple des frères Kouachi est à ce titre parlant. Ils se sont procurés des armes de guerre dans les cités, ont volé des voitures et fait plusieurs repérages devant Charlie hebdo sans qu’aucun service de surveillance ne les ait repérés.

De même pour les attaques du 13 novembre dernier à Paris, un des frères Abdelslam était, peu avant son passage à l’acte, en train de boire de l’alcool et de fumer des pétards à un concert de rap.

Ainsi c’est un véritable déficit dans la surveillance de ces bombes hu­maines que nous constatons au­jourd’hui. Un processus de radica­lisation très court, une infiltration aisée dans les cités françaises rendent nécessaires de nouvelles pratiques de détection.

Le danger est donc plus présent que jamais malgré la dissolution de ce premier groupe, il y a sans doute nombre de cellules analogues dissi­mulées en France et en Europe.

A l’automne 2015, l’EI fait men­tion de 4 000 individus infiltrés en Europe. Même si c’est exagéré, on a vu les résultats des actes commis par une vingtaine de personnes déterminées à Paris et à Bruxelles.

Il faut par ailleurs comprendre que l’Union européenne est très hété­rogène en matière de surveillance et de sécurité : les pays fédéraux comme l’Allemagne ou l’Espagne ont beaucoup de mal à transmettre les informations d’une de leurs ré­gions aux autres, ou d’un Land à l’autre en Allemagne.

Rappelons pour mémoire que les at­tentats du 11 septembre ont notam­ment été fomentés à Hambourg...

SITUATION EN FRANCE AVEC L’EURO

"Cette bureaucratie et ses strates ne permettent pas une grande efficacité dans l’action"

Beaucoup de mesures ont été prises mais rien d’essentiel n’a été fait. Le plus criant c’est qu’il n’existe pas un service anti-terroriste unique et centralisé mais 22 en­tités différentes qui participent au comité interministériel (police, pompiers, gendarmerie, services de renseignements... ) Ainsi cette bureaucratie et ses strates ne per­mettent pas une grande efficacité dans l’action.

Même si le gouvernement était plus que jamais conscient de la nécessi­té absolue de sécuriser l’euro 2016 des failles sont toujours possibles dans le dispositif.

ALORS QUE FAIRE?

"Il faut restructurer les services qui n’ont rien vu venir, ni Mohamed Merah, ni les frères Kouachy, ni Coulibaly"

Il est d’abord urgent de simplifier les organigrammes des services anti terroristes. Il faut ensuite restructu­rer les services qui n’ont rien vu ve­nir, ni Mohamed Merah ni les frères Kouachi ni Coulibaly.

Il est urgent et important de confier la nouvelle structure antiterro­riste centralisée à des chasseurs qui connaissent le gibier. De jeunes commissaires qui ont passé 5 ans dans le 93. Certains d’entre eux sont issus eux mêmes de l’immigration, ils parlent le langage des racailles, connaissent leurs habitudes et leurs agissements.

C’est seulement ainsi que l’on pour­ra détecter les cas de transformation brutale d’un simple «radicalisé» en une bombe humaine et non par une surveillance informatique classique.

Enfin, il faut instaurer une véritable continuité dans cette action an­titerroriste afin de suivre toutes ces bombes humaines sur leur terri­toire, au plus près du temps réel. Rappelons pour conclure que le terrorisme, dans sa variante Proche-orientale, est comme les battements du coeur, alternance de diastoles et de systoles : en 2014 l’EI a resserré son champ d’action à l’aire Irak-Syrie pour recruter un maximum de combattants et à partir de l’été 2015 il a au contraire étendu son djihad à l’Europe, pour riposter aux bombardements de la coalition qui lui font très mal.

Malheureusement, le danger est plus que jamais présent. Et il est urgent d’installer des dispositifs de terrain pragmatiques et efficaces.

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